Site de réfugiés Gado-Badzere

Ma rencontre avec des réfugiés centrafricains au Cameroun

A l’occasion d’un voyage de presse organisé par le système des Nations Unies, j’ai eu l’occasion de me rendre le 16 août 2018 au site de réfugiés centrafricains de Gado-Badzere, dans la région de l’Est Cameroun. Ceci pour le compte de l’Association des blogueurs du Cameroun, dont je fais partie. Une expérience qui m’a permis d’apprendre beaucoup et qui m’a fait réaliser comment les conflits peuvent changer une vie, peuvent changer la vie.

L’objet du voyage de presse

En prélude à la journée internationale de l’aide humanitaire célébrée chaque 19 août, des volontaires des Nations Unies exerçant au Cameroun se sont retrouvés pour se rendre au site de réfugiés de Gado-Badzere. En plus de remettre quelques dons, ils devaient aussi :

  • Faire connaitre la journée internationale et les principes de l’action humanitaire ;
  • Promouvoir l’action humanitaire et l’engagement volontaire pour l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD), la paix et le développement en général ;
  • Renforcer les connaissances des leaders communautaires sur les thématiques traitées ;
  • Renforcer le dialogue, la paix et la cohésion sociale entre les différentes communautés ;
  • Mettre en valeur l’engagement des volontaires communautaires et des volontaires des Nations Unies en contexte humanitaire.
Site de réfugiés de Gado-Badzere
Photo de famille de quelques réfugiés et les Volontaires des Nations Unies présents ce jour

Le site de réfugiés de Gado-Badzere

La localité de Gado est située à un peu plus de 200 km de la ville de Bertoua (située à 326 km de Yaoundé). Elle accueille depuis 2014 des réfugiés venus de la République Centrafricaine sur un site composé de deux camps (Gado 1 et Gado 2) aménagés pour eux après l’accord du gouvernement camerounais. Actuellement, on y dénombre plus de 24 000 réfugiés.

Site de réfugiés de Gado-Badzere

La visite du camp

L’arrivée et la visite

Dès l’arrivée au site des réfugiés de Gado 1, j’ai tout de suite été marqué par ces enfants qui s’approchaient du véhicule où nous étions. Malgré la pluie, qui je l’imagine voulait nous souhaiter la bienvenue, nous devions faire ce pourquoi nous étions là.

À la descente du minibus, je me souviens encore de ce petit garçon venu vers moi et me disant : « Bonjour Monsieur, je pourrais avoir une pièce de 50 (Francs CFA)? ». Je l’ai regardé, j’ai souri et j’ai répondu à sa salutation. Je reviendrai vers lui un peu plus bas dans cet article. Nous avons été conduits au camp de Gado 2 où devait se dérouler la remise des dons et l’atelier de sensibilisation du groupe de réfugiés qui avaient été choisis pour l’occasion.

Lorsque la pluie a cessé, je me suis un peu baladé aux alentours mais je ne pouvais aller plus loin. Il vaut mieux rester prudent. Après avoir été appelé au Camp de Gado 1, j’ai pu assister à la remise de paquets par une équipe de la Croix Rouge. J’ai profité de l’occasion pour échanger avec un responsable. Il m’a expliqué notamment que les dons et les subventions ont diminué par rapport à 2014, année où la première vague de réfugiés est arrivée au site de Gado-Badzere.

Site de réfugiés de Gado-Badzere
Les paquets distribués par la Croix Rouge
Site de réfugiés de Gado-Badzere
Des réfugiés entrain de retirer leurs paquets après présentation d’un petit reçu

C’est l’occasion de rappeler que ces dons sont importants pour ces populations qui ont besoin de cela pour être nourries, soignées et logées.

Mes coups de cœur

Nora

Site de réfugiés de Gado-Badzere
La petite Nora

Elle c’est Nora, jeune centrafricaine de 8 ans. Elle vit au camp de Gado 2 et fait la classe du CP (Cours Préparatoire). Pendant que les activités se déroulaient à l’intérieur de la tente, je suis sorti pour faire quelques pas. Je l’ai vue à l’extérieur, toute timide. Je me suis approché et lui ai dit bonsoir. Elle a baissé la tête et ne voulait pas me répondre, certainement par crainte. Je me suis dit que, peut-être, elle ne comprenait pas le français, mais en fait, elle m’observait pour mieux me cerner. Après quelques minutes, je suis revenu vers elle et je lui ai à nouveau dit bonsoir. Là, elle a souri et m’a répondu d’une petite voix « bonsoir ». Nous avons échangé et c’est là qu’elle m’a donné son prénom, son âge et la classe qu’elle faisait. Elle vit dans ce site de réfugiés avec ses parents.

Au moment du retour, lorsque j’étais déjà dans le minibus, je la cherchais du regard dans la foule mais je ne la voyais plus. Juste avant que la voiture ne démarre, nos regards se sont enfin croisés et elle m’a fait un joli sourire en me disant au-revoir.

Au-revoir la petite Nora, que le Seigneur puisse continuer de veiller sur toi.

Mamounou

Site de réfugiés de Gado-Badzere
Pendant mon échange avec Mamounou

Je reviens donc à ce petit garçon qui s’est approché de moi dès mon arrivée au camp. Il s’agit du petit Mamounou. Après l’avoir perdu de vue durant la durée des activités, je l’ai revu un peu plus tard.

Mamounou a 11 ans et fait la classe du CP (Cours Préparatoire). Il m’a redit qu’il voulait une pièce de 50 francs CFA, je lui ai demandé : « pour quoi faire? » Et il m’a répondu : « C’est pour acheter le gâteau pas loin de là. » Avec un sourire innocent et une joie de vivre dans les yeux. Malheureusement, je ne pouvais lui donner de l’argent pour la simple raison que cela n’est pas permis. Cela va amener les autres enfants à en demander aussi et on ne sait pas ce que cela peut engendrer.

Mamounou m’a dit qu’il vivait là-bas avec sa maman et que son papa était déjà décédé. Il ne souhaite pas retourner en Centrafrique et voudrait rester au Cameroun. Il ne souvient plus très bien de son arrivée au Cameroun mais il sait qu’il aimerait y rester.

 

Site de réfugiés de Gado-Badzere
Une réfugiée centrafricaine

Mon sentiment

Au fur et à mesure que la visite se poursuivait dans ce site de réfugiés, je ressentais toujours ce pincement au cœur. Voir toutes ces personnes déplacées contre leur gré, ayant tout abandonné derrière eux. Leur vie d’avant n’est plus qu’un lointain souvenir pour certains, et de l’amertume pour d’autres. Les hommes qui jadis étaient des chefs de famille, qui se battaient au quotidien pour faire vivre leur famille, sont aujourd’hui des assistés. Ils essayent de reprendre le dessus mais il faut du temps.

La guerre et les conflits dans leur pays d’origine, la Centrafrique, les ont poussé à traverser la frontière en direction du Cameroun. Ils ont perdu des parents, des proches, des amis, des biens. Ils restent debout et continuent d’avancer malgré toutes les difficultés de cette nouvelle vie de réfugiés.

 

Site de réfugiés de Gado-Badzere

 

Force à ces réfugiés !

Aux équipes du système des Nations Unies et à tous les organismes qui les aident au quotidien !

Au gouvernement camerounais qui fait beaucoup pour l’accueil des réfugiés sur le sol camerounais !

Non à la guerre et aux conflits !

 

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Thierry Didier KUICHEU
Jeune camerounais, vivant à Yaoundé au Cameroun. J'aime bien partager et découvrir. Je suis contractuel d'administration et cela me permet de voir certaines réalités de mon pays qui m'édifie et me donne envie de m'exprimer pour pouvoir faire bouger les choses. En tant que jeune, j'aime bien m'amuser aussi et sortir de temps en temps ou faire des petits voyages.

3 commentaires sur “Ma rencontre avec des réfugiés centrafricains au Cameroun

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